vendredi 12 juin 2009

Le grand cirque de Bâle

Bâle toujours incontournable Exclusivité web

[ 11 juin 2009 ]


Véritable marathon, la visite de la Foire de Bâle est toujours instructive. Cette année particulièrement, elle permet de mesurer l’impact de la crise sur les professionnels du marché de l’art. Si le jour du vernissage, on sentait moins la fièvre acheteuse que par le passé et si beaucoup de visiteurs avouaient n’être n’étaient venus que pour la journée au lieu des deux ou trois jours habituels, les affaires semblaient plutôt bien commencer. Globalement, cette 40e édition est plus contemporaine que les précédentes. Le rez-de-chaussée, hier réservé aux grands maîtres modernes, d’après-guerre et jusqu’aux années 80-90, est désormais largement occupé par des œuvres actuelles. Signe de la raréfaction des œuvres modernes de qualité ou volonté des marchands de réserver leurs trésors historiques aux clients fidèles de leur galerie ? En bas ou à l’étage, on y voit les pièces récentes d’artistes consacrés. Notamment les derniers Anish Kapoor, grands cercles concaves ou formes plus ramassées, habillés de fragments de miroirs (1,5M£ à la Lisson Gallery, Londres), les pots, coupes et autres marmites de Subodh Gupta déclinés en marbre, ou la dernière folie de Murakami. Il s’agit de la tête d’un de ses personnages fétiches dont la bouche ouverte dévoile des objets de consommation (notamment une bouteille de Coca-Cola) entièrement sertis de diamants (2M$ chez Emmanuel Perrotin) On y découvre également une multitude d’artistes inconnus des réseaux français, exposés par des galeries allemandes, italiennes, new-yorkaises, sud-américaines… Parmi eux, Kohei Nawa et ses amusants objets recouverts de boules de cristal (trophée de cerf à la Galerie Vera Munro, Hamboug) et Anne-Karin Furunes, venue avec deux gigantesques portraits faits d’une toile noire perforée présentée sur fond blanc (Galerie Anhava, Helsinki). Difficile de dire si la foire lance les modes ou les suit, mais le fait est qu’on y retrouve les artistes, voire les œuvres, mis en avant à la Biennale de Venise, in ou off, quelques jours plus tôt. Citons Tomas Saraceno et ses galaxies constituées d’une résille de fils noirs (Tanya Bonakdar Gallery, New York), le duo Elmgreen & Dragset et ses deux lavabos reliés par un même tuyau (Victoria Miro Gallery, Londres), Nathalie Djurberg et ses étonnantes animations de pâte à modeler (Gio Marconi Gallery, Milan), Pascale Marthine Tayou et son accumulation de papier recyclé (Galleria Continua, San Gimignano). L’exemple le plus frappant de ce croisement du monde institutionnel avec les galeries étant la dernière coqueluche du marché de l’art : Matthew Day Jackson, dont l’installation de silhouettes-squelettes rappelant les grandes étapes de l’Evolution ressemble fort à celle de la Douane de Mer, le nouveau grand lieu d’art contemporain vénitien inauguré la semaine dernière. Juste un mot sur le salon de design, Design Miami Basel. Organisé pour la première à deux pas de la foire, ce qui facilite les allées et venues, il réunit dans une jolie pénombre une trentaine de bonnes galeries françaises (Eric Philippe, Jacques Lacoste, ToolsGalerie) et internationales (Dewindt, Carpenters Workshop Gall, Sebastian + Barquet) couvrant la période de 1900 à nos jours. Avec une surprise : la présence de l’antiquaire parisien Philippe Perrin, censée interpeller les design addicts.


Céline Lefranc

Art 40 Basel, Messe Basel, Messeplatz, Bâle, Suisse (00 41 58 206 26 02 – www.artbasel.com), jusqu’au 14 juin.

Ill. : Kohei Nawa, "PixCell – Deer#16", 138 x 97 x 51,5 cm, 2008, galerie Vera Munro (Hambourg).

Source : Connaissance des arts

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